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Pourquoi douter de sa légitimité après une réussite

Après une présentation réussie, le compliment tombe. Mais l’idée s’impose : c’est surestimé, ou juste un coup de chance. On relit le mail de félicitations, cherchant la phrase qui trahirait un malentendu.

Basé sur psychologie cognitive (Pauline Clance et Suzanne Imes, 'The Impostor Phenomenon in High Achieving Women' (, Basima Tewfik, 'Impostor Thoughts as a Double-Edged Sword' (, Valerie Young, 'The Secret Thoughts of Successful Women' ()

Recevoir un compliment après un projet important ne suffit pas toujours à se sentir légitime. Ce sentiment persiste même si rien ne laisse penser à une erreur. Ce malaise révèle un mécanisme intérieur : on connaît tous les détails de nos hésitations et de nos doutes, mais on ne voit que la surface des autres. Du coup, nos propres succès semblent moins solides, comme s’ils avaient été attribués par erreur ou par chance. Mais cette logique ne permet pas d’expliquer pourquoi le doute augmente parfois avec la réussite. Plus la reconnaissance arrive, plus le sentiment d’être un imposteur grandit, au lieu de s’effacer.

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Le filtre intérieur du mérite

Ce doute s’installe parce que chacun juge sa valeur en comparant ses pensées invisibles à l’apparence maîtrisée des autres. On repère toutes nos hésitations, nos efforts, nos erreurs passées — alors que, chez autrui, on ne voit que le résultat final. Ce décalage fait paraître nos succès plus fragiles ou moins mérités. Pauline Clance (Georgia State University) a montré dès 1978 que ce sentiment pouvait toucher des étudiants brillants, même avec des preuves concrètes de réussite.

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Ce mécanisme fonctionne en continu : chaque nouvelle réussite remet en cause la précédente. La peur de ne pas être « à la hauteur » se nourrit de cette comparaison biaisée.

Ce que la surface cache

Quand une personne sûre d’elle affirme n’avoir aucun doute, on imagine que le doute est lié à l’incompétence. Mais Basima Tewfik (MIT Sloan) a observé que ceux qui se sentent « imposteurs » n’ont pas de moins bons résultats — ils offrent parfois plus d’écoute et de bienveillance dans leur travail.

Des profils et des milieux variés

Le sentiment de ne pas mériter ses succès ne touche pas seulement certains métiers ou personnalités. Valerie Young a identifié plusieurs profils : perfectionniste, expert, solitaire… Chacun doute pour des raisons différentes. Par exemple, le perfectionniste croit qu’il doit tout maîtriser, alors que l’expert s’inquiète de ne pas en savoir assez.

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Ce doute est amplifié dans les environnements où la reconnaissance extérieure compte beaucoup, car la peur d’être démasqué augmente avec la visibilité du succès.

Doute utile ou frein caché

Certaines études suggèrent que ce doute peut rendre plus attentif aux autres et à leur ressenti, comme l’a noté Basima Tewfik. Pour d’autres chercheurs, il risque d’épuiser ou de freiner l’engagement à long terme, surtout si le doute devient envahissant. Le même mécanisme peut donc être perçu comme une ressource relationnelle, ou comme un obstacle à la confiance en soi.

Douter de ses mérites vient d’une comparaison faussée : on connaît ses propres doutes, jamais ceux des autres, même quand le succès est là.

Pour aller plus loin

  • Pauline Clance et Suzanne Imes, 'The Impostor Phenomenon in High Achieving Women' (1978) — Première description du 'syndrome de l’imposteur' chez des étudiantes brillantes doutant de leur mérite malgré leurs résultats. (haute)
  • Basima Tewfik, 'Impostor Thoughts as a Double-Edged Sword' (2020) — A montré que le sentiment d’imposture peut renforcer l’écoute et la bienveillance en milieu professionnel, sans nuire à la performance. (haute)
  • Valerie Young, 'The Secret Thoughts of Successful Women' (2011) — A catégorisé les différents profils de doute et montré l’universalité du phénomène dans divers milieux professionnels et culturels. (moyenne)

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